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Bienvenue à bord ! Des livres, De belles histoires, De la convivialité partagée...

Editions GUNTEN


  le chemin

LE CHEMIN AU BORD DE LA MER

    "Le grondement de la mer, en face, ça la changeait aussi, la rendait presque gaie. Elle croyait qu’elle pourrait passer sa vie comme ça, assise sur son tabouret sans s’ennuyer. Maintenant elle s’ennuie, les regards des gamins l’agacent. Elle a mûri. Elle sait qu’ils deviendront comme leurs parents, ça ne la fait plus rire.” Sous la plume d’Arnaud FRIEDMANN, trois destins s’enchevêtrent sur un chemin au bord de la mer. Des adjectifs, simplement, essentiels. Des impressions précises. Des phrases habiles sur des vies bousculées, confuses. Le sujet pourrait être grave mais il y a autre chose, quelque chose d’autre, quelque chose comme l’amour qui cherche à passer.

 
 
EXTRAIT
 
 

  
  Chaleur torride et jambes croisées. Elle attend. Elle s’ennuie. Sa sueur coule, lui colle au front, la poussière du chemin. Depuis combien de temps n’a-t-il pas plu ?Elle se souvient de la voix dans le poste qui annonçait une date qu’elle n’a pas retenue, sa mémoire sans puissance, si maigre depuis l’enfance, depuis longtemps il n’a pas plu, depuis plusieurs mois. Pas besoin de date. Toujours les mêmes routines endormies sur le bord de la route, des pensées vagues, des moitiés d’efforts pour rappeler ce qui ne vaut pas la peine, ce qui n’importe pas. Qu’est-ce qui importe, d’ailleurs, à part la chaleur et l’attente ? Par delà le goudron elle profite d’une accalmie des véhicules, elle perçoit des cris de gamins. Elle les imagine se poursuivre avant de s’éclabousser. Elle n’éprouve pas de tristesse, elle pense aux recommandations que leur ont faites leurs parents. 

    Elle cherche à se calmer, à retenir les soubresauts du sang sous ses mains qui causent les tremblements. Trop tôt pour allumer une cigarette. La dernière à peine éteinte, mal écrasée. La combustion persiste encore à côté d’elle, au sol. Elle se figure le geste qu’elle pourrait accomplir pour la réduire, trop compliqué, trop chaud surtout pour décoller les jambes. 

    Les doigts crispés aux lanières du tabouret, la respiration trop rapide. Rien ne justifie cette angoisse. Il suffirait de se laisser aller à la torpeur de l'après-midi, tourner la tête aux voitures qui passent, dodeliner aux chahuts des enfants, oser quelques minutes l’incongru d’une baignade. Qu’est-ce qui l’empêche ? Qui le saurait ? Rien que la voie à traverser. 

    C’est peut-être l’odeur qui l’énerve, cette odeur qu’elle appréciait à son arrivée ici, le mélange de fleurs, d’iode et de palmiers. Une odeur qui gambade, vous invite. A présent, qui tempête. Elle ne s’en libère pas. Même les autres parfums, ceux plus sales sur sa peau, ne la débusquent plus. Elle s’en sent prisonnière. Elle ne supporte plus la sécheresse du chemin que l’air trop chaud comprime. Partout autour les arbustes génèrent l’émanation, si elle s’obstine elle deviendra cinglée. Elle voudrait se distraire mais il n’y a rien à faire. Rien d’autre à faire qu’attendre et se laisser investir par l’odeur détestée, par la vacuité du chemin, par les cris des gamins comme l’écho d’un échec. 

    Elle change la position de ses jambes, qui se détachent l’une de l’autre avec une succion molle comme deux corps accolés. Jupe vulgaire, elle relève le mollet droit, les orteils mal colorés, les chaussures en plastique. Il ferait bon les enlever, plonger ses pieds dans l’eau. Des vagues ! Des vagues qui clapoteraient et caresseraient ses pieds sans rien exiger d’autre. Les gamins la regarderaient elle s’en foutrait. Elle resterait debout dans l’eau à contempler le miracle de ses pieds rafraîchis, respectés. 

    Depuis qu’elle est ici (combien ? Quatre ans ? Trois ans ?), elle ne se souvient pas s’être baignée dans l’eau en plein après-midi, quand le soleil étouffe, quand il ferait bon échapper à l’odeur. En groupe parfois le soir, accompagnée des hommes et des filles des autres chemins, ils s’accordent des bousculades dans l’eau, des cigarettes sur la plage, des courses pleines de sueur et d’envies. Ce n’est pas pareil. Il n’y a pas d’innocence, pas de temps pour profiter. Il y a les jalousies des filles, les appétits des hommes, une violence qui perdure jusque dans les moments de détente...


librairie gunten

 

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